COSTA RICA, LA NATURE REINE

Cap sur l’un des pays pionniers en matière de protection de l’environnement. Coincé entre le Panama au sud et le Nicaragua au nord, l’océan Pacifique à l’ouest et la mer des Caraïbes à l’est, ce petit pays d’Amérique centrale a déjà une solide réputation touristique. Atterrissage en douceur à San José, bouillonnante capitale, avant d’explorer les richesses de cet Éden végétal.

Ils vous accueillent avec un grand sourire, une allure bon enfant et vous affirment qu’ici la vie est pure, littéralement. En effet, où que l’on tourne la tête, une jungle luxuriante, prête à déferler en avalanche végétale, menace d’envahir l’espace pour répandre sa vie animale intense, dont les cris et les ululements emplissent l’air d’une cadence effrénée. Mais les larges routes bétonnées, les infrastructures solides, les fast-foods à l’américaine sont là pour affirmer le développement du pays – ultra-américanisé, il faut bien le reconnaître. Le contraste n’en est que plus frappant. Entre sodas, jus de fruits hyper-concentré de sucre, hamburger, supermarchés géants, grands hôtels et infrastructures premier cri (sans parler des tarifs égalant largement les niveaux occidentaux !), le mode de vie costaricain a plus que des ressemblances avec son grand voisin nord-américain. Les « Ticos » vivent dans un pays riche, développé, dont le niveau de vie est le plus élevé d’Amérique centrale, et, même si le métissage est prédominant, eux-mêmes se considèrent dans leur large majorité comme « blancs ». Las, le visiteur en quête de dépaysement culturel pourra à premier abord être déçu : les villes ressemblent à des villes, les routes à nos routes, les infrastructures aux nôtres… Et pourtant. A la lisière de cette façade occidentalisée, la nature, reine, a repris ses droits. Et c’est de cela dont les costaricains sont si fiers. Pacifistes, aimables, presque doux, ils concentrent dans deux petits mots répétés comme un mandala le fondement de leur société : la « Pura Vida » est un mode de vie, une philosophie profonde qui les relie à leur terre.

Vue de San José, Costa Rica. © Elodie Rothan

Avec, en fond sonore, cette expression scandée de façon presque enfantine, j’aborde, un peu sceptique, la tournée des grands sites en compagnie de notre guide. Il ne faudra pas longtemps pour que l’ironie laisse place à la stupéfaction. La richesse de la biodiversité costaricaine surpasse toutes les statistiques que l’on peut donner : 28% de son territoire classé zone protégée, 6% de la biodiversité mondiale abritée, 26 parcs nationaux, 8 réserves biologiques, nombreuses zones protégées, 52% de zones forestières. Ces chiffres impliquent des règles d’une rare exigence : déforestation tout simplement interdite, 93% de l’électricité produite à partir d’énergies renouvelables, un système de certification de soutenabilité écologique très stricte (la CST) et un objectif ultra ambitieux : devenir le premier pays au monde neutre en matière d’émission de carbone en 2021. On commence à prendre la « Pura Vida » un peu plus au sérieux.

Toujours le sourire aux lèvres, notre guide bienheureux, grassouillet et d’un calme que rien ne semble pouvoir ébranler, nous conduit à travers les merveilles naturelles de son pays.
Au volcan Arenal, à la silhouette en cône parfait, on longe l’un des plus grands lacs du pays et l’on se plonge avec délice dans des sources chaudes, naturellement chauffées à plus de 30°, entre cascades et jungle luxuriante. On fait ensuite halte dans une des nombreuses fermes écologiques de la région de Fortuna, qui encourage le tourisme rural, éduque à la biodiversité et à l’agriculture biologique.

Sources d’eaux chaudes du volcan Arenal, aux Costa Rica.

Au parc national du volcan Poás, on croise des cascades irréelles, entourées d’une végétation foisonnante, avant d’atteindre le cratère abritant un lac acide d’un turquoise éclatant. Après cette vision féerique, on entreprend un saut dans le vide, accroché à un solide filin métallique, pour survoler la canopée : frissons garantis. Les parcours en tyrolienne sont, à raison, l’une des activités touristiques phares du pays.

Parc National du volcan Poás au Costa Rica. © Elodie Rothan

Rasséréné par tant de beauté et de savoir-faire, on poursuit au parc national Manuel Antonio, l’un des plus connus du pays, et l’on emprunte un des sentiers parfaitement balisé. C’est un ballet parfaitement orchestré où singes, capucins, paresseux, oiseaux, iguanes, tortues et papillons multicolores jouent chacun leur partition, nous emportant dans une féerie extraordinaire. Sans compter, qu’aux détours des sentiers, se profilent de superbes plages bordées de cocotiers. On dirait ici que le paradis est accessible à tous, sans effort, pour les familles avec enfants ou les hordes de touristes. La nature dans son infinie richesse face à un public béat, venu de tous les horizons pour l’admirer, ici, dans toute sa splendeur. Encore un paradoxe inextricable…

Parc National Manuel Antonio au Costa Rica. © Instituto Costarricense de Turismo

Contemplant un paresseux évoluant sur sa branche, à la vitesse de 10 mètres par minute, on se dit qu’on a peut-être le temps de creuser la question. Que s’est-il passé dans ce pays, aujourd’hui communément surnommé la « Suisse de l’Amérique centrale », qui a abolit son armée dès 1948, pour qu’advienne cette révolution verte portée par le tourisme ? Pour que n’importe quel Tico portant un T-shirt et buvant un soda puise dans sa « Pura Vida » la sérénité imperturbable de celui qui vit en harmonie avec son environnement ?

L’histoire du pays, mouvementée à travers les siècles, balbutie un début de réponse au début du XXe. Sans échapper au classique schéma de violences et de dictatures commun à l’Amérique centrale, le Costa Rica réussit à mettre en place certaines réformes sociales (système d’enseignement public gratuit, salaire minimum garanti, lois de protection de l’enfance). Les prémisses de quelque chose étaient en place. Tout bascula en 1948, avec un tragique épisode de guerre civile qui consacra la victoire d’un homme, José Figueres Ferrer. Considéré comme le père de la démocratie costaricaine sans armée, cet « agriculteur philosophe » fit adopter, en 1949, une Constitution – encore actuellement en vigueur-, accordant la pleine citoyenneté et le droit de vote aux femmes, aux Noirs, aux Amérindiens et aux minorités chinoises et, surtout, abolissant l’armée. Pour peu que l’on soit d’accord pour faire le lien, la base d’un développement durable était posée. Mais pas gagnée.
La première Réserve Naturelle Absolue Cabo Blanco fut créée en 1963 : elle était « absolue », parce que, jusqu’à la fin des années 1980, aucune visite n’était autorisée (aujourd’hui, quelques sentiers sont ouverts aux visiteurs, mais elle demeure fermée deux jours par semaine). Néanmoins, ce premier acte emblématique de sanctuarisation fut une initiative privée, portée par un couple écologiste précurseur.

Cascade du Rio Celeste, dans le Parc National du volcan Tenorio au Costa Rica. © Instituto Costarricense de Turismo

Lors des décennies suivantes, le pays dut faire face d’une part à une brutale chute des cours du café (produit phare de son économie) et, d’autre part, aux pressions intenables des US, entrés en conflit ouvert avec le Nicaragua. Économiquement, le développement du Costa Rica s’engagea dans un déboisement massif, en vue de la production de bois, l’accroissement des terres agricoles et la mise en place d’infrastructures modernes. Cette démarche fait encore débat. Politiquement, un tournant majeur s’amorça en 1986 : rejetant la prédominance américaine, le pays réaffirma son indépendance et son modèle de société par la voix d’Oscar Arias, récompensé par le prix Nobel de la paix en 1987. A partir de là, le Costa Rica s’orienta vers une Révolution Verte. Le facteur majeur de développement fut misé sur l’ouverture du pays au tourisme et la préservation de l’environnement. L’un n’allant pas sans l’autre : la préservation de la nature attire les visiteurs étrangers qui dopent ainsi l’économie du pays. L’entreprise fut un succès. En 1995, les 125 sites protégés engrangeaient de tels bénéfices que les propriétaires privés furent à leur tour tentés de créer des réserves écologiques. Les revenus tirés du tourisme dépassèrent ceux de la production de café et de bananes. En 1999, plus d’un million de touristes se rendaient au Costa Rica. Classé à la première place du Happy Planet Index depuis 2009, à la 5eme place de l’indice de performance environnementale en 2012, le pays n’a depuis jamais démenti sa vision sociétale.

… Le paresseux, trop fatigué, s’est arrêté. Les visiteurs font halte sur la plage et il est temps de rentrer à l’hôtel, car demain nous partons vers le parc national de Corcovado, réputé pour son exceptionnelle concentration de biodiversité.

Plage du parc national de Cahuita au Costa Rica. © Instituto Costarricense de Turismo

Au petit matin, changement de décor. Les hordes de visiteurs ont disparu, les infrastructures sont plus modestes et un sentiment palpable mais indéfinissable me gagne. Nous pénétrons les sentiers touffus, boussole en main, réserves abondantes d’eau dans le sac à dos, avec en tête les recommandations précises de notre guide – moins bonhomme il faut l’avouer. Il a plus l’allure d’un Indiana Jones que d’un Tico grassouillet. On comprend vite pourquoi. De part et d’autre, du sol, du ciel, de droite, de gauche, la nature emplit l’espace de son immense vie. Un crissement : de toutes parts surgit une armée de singes hurleurs à manteau, accompagnés de capucins blancs. Un bruissement et mille ailes se déploient. Est-ce un ara rouge, une harpie féroce, un pécaris à collier, une buse des mangroves, un toucan de Swainson, un araçaris de Frantzius ou un cotinga turquoise ? Qui peut connaître les 900 espèces d’oiseaux que compte le pays ? Pas le temps de réfléchir, des ombres animales se dessinent. Un tapir de Baird ? Un fourmilier géant ? Un capucin moine ? Un écureuil à queue rouge ? Un tamandua du Mexique ? Ne bougez pas. Un jaguar rode peut-être… !

On ne sait plus trop comment l’on sort d’une telle immersion dans la vie sauvage. Finalement, on a juste entraperçu l’incroyable foisonnement d’un territoire enfin livré à lui-même, sans la prégnance de l’homme. Le soir, assis sur la terrasse de mon bungalow, à la lisière de la jungle, la nature m’offre encore une preuve stupéfiante de sa vitalité. Sifflements, chants, cris, ululements, grincements, vrombissements, rugissements composent un étourdissant concert vivant dont la puissance ne peut que souligner la pauvre pâleur des bruits de nos vies.


Office de Tourisme du Costa Rica
Sur le web : www.visitcostarica.com

Certificat de Soutenabilité touristique
Sur le web : www.turismo-sostenible.co.cr

Ara au Costa Rica. © Elodie Rothan

 

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