PIEDS NUS SUR LA TERRE DE PORQUEROLLES

Que peut faire l’Art en ce monde ? Quel pouvoir de transformation possède-t-il ? Que peut-il changer en nous – et autour de nous ? A ces vastes questions la Fondation Carmignac tente une réponse.

Sur l’île de Porquerolles, un des joyaux naturels de la Côte d’azur, la Fondation Carmignac assume son propre tempo. Elle impose ce qui manque ailleurs : un rituel. Une mise en condition pour accueillir l’Art, le percevoir, le laisser nous bousculer– voire s’y dissoudre. Un rituel qui, aujourd’hui plus que jamais, manque cruellement. Pourquoi la rencontre est-elle ratée si souvent ? Parce que l’on se précipite au-devant d’un chef d’œuvre, surinformé déjà sur ce que l’on va voir, le smartphone déclenché avant même d’avoir regardé.

« Les trois Alchimistes », Jaume Plensa, 2018. © Fondation Carmignac – Photo © Elodie Rothan

A cette trépidante cadence, répond ici la nécessité d’un cheminement. Celui d’abord de la traversée : aller sur une île, entouré de la mer, c’est déjà se séparer du monde, larguer les amarres et « passer sur l’autre rive ». Puis, celui de la marche (physique) à travers un Parc national jusqu’à la Villa Carmignac, gardée par une sculpture de l’Alycastre – légendaire dragon de l’île (nous pénétrons ainsi dans le mythe). A l’entrée, on se déchausse : autre dépouillement d’une partie de soi-même. Celle qui nous sépare de la terre : les chaussures ! Et, soudain, l’entrée en contact, primaire, de la peau avec le sol – la pierre, en l’occurrence douce, lisse et nette.

Architecture : participation de l’atelier Barani pour la conception, puis de l’agence GMAA pour l’adaptation et le prolongement du projet. © Fondation Carmignac – Photo © Elodie Rothan

« Pieds nus sur la terre sacrée »* oserait-on dire, parce que le parcours qui nous attend est aussi celui qui va « nous connecter avec la nature et avec nous-même », selon les mots de Charles Carmignac, directeur des lieux. La relation avec la mère Nature fait partie intégrante du parcours. « I am Mother Nature and I will eat you » nous prévient non sans humour (ou terreur ?!) la sculpture de l’artiste Olaf Breuning. Chacun interprètera à sa façon cet avertissement vital mais nul, je le crois, ne sera épargné par le processus de questionnement. D’autant que les œuvres présentes sont « dotées d’un mécanisme qui opère » souligne Charles. « L’île interroge l’homme et sa présence au monde ».

Janaina Mello Landini, Ciclotrama 50 (Wind), 2018. 20 mètres de corde de nylon polyéthylène et polyester de 22 mm de diamètre, environ 4100 clous en laiton, un taquet en marbre et un winch en marbre. 5,5m x 1,40m x 12m. © Fondation Carmignac. Photo © Elodie Rothan

On pénètre une architecture souterraine où le paysage apparait fugacement par des échappées lumineuses. « L’extérieur rentre dans le bâtiment »… « la lumière naturelle, filtrée par un plafond aquatique, éclaire les espaces cachés sous la surface. L’eau et la lumière sont des éléments d’architecture à part entière ». La scénographie souterraine forme une croix, ponctuée d’une chapelle emplie par l’œuvre « La Toile circulaire » de Barceló, que deux poufs invitent à méditer.

« La lumière naturelle, filtrée par un plafond aquatique, éclaire les espaces cachés sous la surface. L’eau et la lumière sont des éléments d’architecture à part entière. » © Fondation Carmignac – Photo : Marc Domage

S’ensuivent huit chapitres qui structurent le parcours de l’exposition nommée Sea of Desire, où chaque mot possède sa propre « température » (Ed Ruscha). Sandro Botticelli, Roy Lichtenstein, Andy Warhol, Gerhard Richter, Jean Michel Basquiat, Willem de Kooning, Alexander Calder, Yves Klein, Cindy Sherman, Zhang Huan, Keith Haring, David La Chapelle… C’est une pléiade d’artistes de renommée mondiale. Mais ici, chacune des œuvres a sa place et respire, face à nous, contemplatifs aux pieds nus. Nul risque d’entassement intempestif gâchant l’instant car – autre intelligence du parcours – un filtrage assure un maximum de 50 personnes par demi-heure.

Afshin PIRHASHEMI, Untitled, 2015. Huile sur toile / Oil on canvas – 202 x 328 cm © Afshin PIRHASHEMI and Ayyam Gallery. Photo © Elodie Rothan

Retourné à l’air libre, empli déjà par cette première partie qui nous a « propulsé à l’intérieur de nous-même », la nature nous attend sous le ciel. D’un paysage marqué par la main de l’homme, on passera progressivement vers des recoins plus sauvages, pour finir dans la forêt. « L’Ile intérieure » (ainsi se nomme cet itinéraire) sera celui de la « dissolution de l’homme dans la nature », nous prévient Charles. Dans les 15 hectares de jardin, le paysagiste Louis Benech a mis en valeurs la biodiversité de cette nature méridionale, dont certaines espèces sont rares et endémiques. Lavandes d’Hyères, genêt à feuilles de lin ou sérapias côtoient une série d’œuvres permanentes, inspirées des lieux.

Ed Ruscha, Sea Of Desire, 2018 – © Fondation Carmignac. Photo © Elodie Rothan

« Path of Emotions » (Jeppe Hein) brouillera les sens. Et « Les trois Alchimistes » (Jaume Plensa), yeux fermés (?) immobiles, semblent garder les portes d’un monde capable de transformer la boue en or…
Avons-nous pu glaner quelques grains, quelques pépites éclatantes à emporter hors de ce lieu ?

Jeppe Hein, Path of Emotions, 2018 © Fondation Carmignac. Photo © Elodie Rothan

Fondation Carmignac
Ile de Porquerolles,
83400 Hyères
Var, Provence-Alpes-Côte d’azur

Entrée 15/10 €, réservation conseillée
Tel : 04 89 29 19 73
Sur le web : www.fondationcarmignac.com

* du nom de l’ouvrage de Teresa Carolyn McLuhan, rassemblant des textes des Indiens d’Amérique du Nord, dont le mode de vie était basé sur l’harmonie avec la nature, la terre. La Mère Nature étant considérée comme sacrée.

Var Tourisme
Office de tourisme du Var

Sur le web : www.visitvar.fr

S'abonner

S'abonner à la newsletter

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*
*